Athlone Academy of Music

Samedi matin 8 heures, j’arrive avec Thurston devant l’école secondaire du quartier d’Athlone. C’est ici que chaque samedi les élèves de l’Athlone Academy of Music  viennent suivre leur cours. Thurston, directeur de l’Academy, me montre une salle où je peux poser la mallette remplie d’outils que je trimbale avec moi. Dans les couloirs nous croisons les premiers élèves, leur instrument à la main, qui se rendent dans les salles où leurs professeurs les attendent. Ce va-et-vient de musiciens de tout âge durera toute la journée, certains arrivent même en avance et  profitent des salles laissées libres pour répéter une dernière fois avant le cours.  Le bâtiment est loin de ressembler à nos collèges : salles de cours rudimentaires et bancs d’école d’un autre âge. Couloirs et escaliers sont à l’air libre encadrés par des murs de brique rouge recouverts de graffitis. Au centre une cour extérieure de laquelle on entend le son des divers instruments s’échapper des fenêtres : pianos et cordes dans l’aile gauche cuivres, bois et percussion à droite. L’architecture du collège d’Athlone est commune à toutes les écoles construites dans les Cape flats,  ces zones réservées aux noirs et aux métis pendant  l’apartheid.  Si vous empruntez la N2, l’autoroute qui relie l’aéroport au centre ville et qui coupe à travers les Cape flats, vous en apercevrez quelques unes, s’élevant légèrement au-dessus d’une étendue de tôles et de maisons barricadées. Pourtant il suffit de se rendre quelques kilomètres plus loin en direction du centre ville, dans les quartiers alors réservés aux blancs,  pour voir se dresser d’imposants collèges avec terrains de foot, tennis, rugby et salles de gym. Si ces écoles sont maintenant ouvertes à tous elles restent à majorité blanche, de même qu’il sera difficile de trouver un enfant blanc dans un collège des Cape flats. Frais d’écolage plus élevés et coût des transports ; s’il n’est aujourd’hui  plus question de races, celle de l’argent s’occupe de préserver le clivage opéré dans les années d’apartheid. Le nouvel apartheid est économique, comme l’exemple de ces familles à qui on propose de retourner dans les quartiers du centre dont  elles ont été expulsées mais dont les loyers ont explosé et que jamais elles ne pourront payer.

Thurston commence par me faire visiter les lieux et me présenter aux différents professeurs. J’assiste à quelques cours, prends des photos et discute avec les élèves. Dans une classe à coté, le chœur d’enfants est entrain de travailler une chanson dont les paroles sont en français. Thurston, très fier d’avoir un francophone à disposition, me demande de leur faire répéter la prononciation et c’est avec plaisir que je m’exécute. Finalement je n’aurai même pas le temps de sortir mes outils ce jour-là. Le samedi suivant donc, je m’improvise un établi à l’aide de quelques tables et dégaine pinces et tournevis. Me voilà prêt à en découdre avec vieux binious et compagnie. Ici jouer Yamaha c’est déjà du luxe,  la plupart des élèves ont des instruments chinois ou taïwanais, ajoutez à cela le climat océanique et essayez de vous imaginer leur état. Les professeurs m’envoient leurs élèves une fois leur cours terminé. Evidemment je ne peux pas faire des miracles, l’atelier ne rentrait pas dans l’avion et de toute façon Paul en avait besoin. Je change quelques pièces, j’effectue des réglages et donne différents conseils. Les élèves me regardent travailler avec beaucoup d’attention et de curiosité et sont tout heureux de reprendre leur instrument pour les essayer. A la fin de la journée c’est en tout une dizaine d’élèves qui sont venus me voir. Les semaines suivantes, j’essaie de faire participer les élèves en leur montrant comment démonter et nettoyer leurs instruments.  Ils se prêtent au jeu avec enthousiasme et certains veulent déjà en faire leur métier, qui sait…

L’Athlone Academy of Music en bref:

Dans les années 90 le gouvernement décide pour des raisons d’économie de supprimer l’enseignement musical à l’école obligatoire. Dès lors l’accès à la musique devient quasiment impossible /très difficile pour une grande partie de la population qui n’a les moyens de prendre des cours privés ou de s’inscrire dans des écoles. D’autant plus que ces écoles de musique, qu’elles soient privées ou publiques, ont souvent recours à une sélection sous forme d’examen d’entrée qui leur réserve le droit de refuser les « indésirables ».

L’Athlone Academy of Music  fondée en 1994  a pour but de faciliter l’accès à la musique auprès des jeunes comme des adultes. Ceci en proposant des cours à des prix accessibles et sans aucun examen d’entrée. Elle permet ainsi à plus de 240 élèves de suivre un enseignement musical. Les cours sont individuels et, même si cela a parfois fait l’objet de critiques en raison du coût engendré,  l’école tient à conserver ce système qui permet un enseignement de qualité et un véritable suivi des élèves. De plus, ils peuvent assister à des cours de solfège et jouer dans l’orchestre de l’école.  L’Academy  organise ses examens internes et des auditions mais les élèves peuvent aussi se présenter à des examens officiels communs à toutes les écoles et obtenir ainsi leurs grades allant de 1 à 8. Les professeurs, une dizaine au total, sont pour la plupart professionnels ou en cours d’études. Ils travaillent semi-bénévolement,  ce qu’ils gagnent se situe bien en deçà  d’un salaire moyen. C’est donc surtout par passion qu’ils viennent donner un peu de leur temps et sans cela l’école ne pourrait pas fonctionner car les subventions accordées par l’état  sont bien trop faibles. Pour l’instant l’Academy  utilise les bâtiments du collège d’Athlone et donc tous les cours ont lieu le samedi, les salles étant  utilisées pendant la semaine. Cela pose un problème logistique, certains élèves doivent par exemple abréger leur leçon pour aller répéter avec l’orchestre. Avoir ses propres locaux permettrait aussi à l’école de trouver une véritable identité, d’envisager la création d’autres ateliers musicaux et d’accueillir de nouveaux élèves.

http://www.athlone-academy-of-music.co.za/

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